C’est le premier choc. À peine sorti de l’aéroport, vous ne voyez qu’elles : une marée de deux-roues qui ondule, klaxonne et transporte l’impossible. Bienvenue au Vietnam, le pays où la moto n’est pas un simple véhicule, c’est une extension du corps, un salon familial et parfois même un utilitaire de déménagement.
Pour le voyageur, apprivoiser ce chaos est le véritable baptême du feu. Voici nos conseils de « vieux routards » pour ne pas rester pétrifié sur le trottoir.




La Traversée du Styx (ou de la rue)
À Hanoï ou Hô Chi Minh-Ville, oublier le passage piéton comme sanctuaire sacré. Ici, si vous attendez que le flux s’arrête, vous y serez encore à la prochaine mousson.
La règle d’or : Ne courez pas, ne reculez pas. Avancez d’un pas lent, régulier et prévisible. Les conducteurs ne vous regardent pas forcément dans les yeux, mais ils calculent votre trajectoire à la micro-seconde près. Soyez comme un rocher dans une rivière : l’eau (le flux de motos) vous contournera naturellement. C’est un acte de foi pure, un moment de zen au milieu de la fureur.
Le Xe Om : Le taxi à l’ancienne
Le Xe Om (littéralement « moto-bras » car on s’agrippe au conducteur) est une institution. Présents à chaque coin de rue, souvent assoupis sur leur selle en attendant le client, ces chauffeurs connaissent la ville comme leur poche.
- Pourquoi l’adopter ? C’est le seul moyen d’accéder aux entrailles des vieux quartiers. Là où les taxis de quatre roues s’embourbent, le Xe Om se faufile entre un vendeur de soupes et un étal de litchis.
- Côté négo : Fixez toujours le prix avant de monter. Pour les allergiques au marchandage, utilisez les applications comme Grab (le Uber local). C’est le prix juste, affiché sur l’écran, et vous évitez les quiproquos linguistiques.
Équilibre et cargaisons improbables
Ouvrez l’œil, le spectacle est sur la selle ! Vous verrez des familles de quatre (plus le chien) sur une Honda Dream fatiguée, des piles de plateaux d’œufs de deux mètres de haut, ou encore des arbres entiers en route pour une livraison. Le Vietnamien a un sens de la physique qui défie les lois de Newton. C’est le côté « système D » qu’on adore : tout se transporte, tout se répare sur le trottoir avec une clé de douze et un peu d’ingéniosité.
Infos pratiques pour rouler serein
Si l’envie vous prend de louer votre propre bécane, gardez ces quelques points en tête :
- Le klaxon est un langage : Il ne veut pas dire « pousse-toi de là », mais « attention, j’arrive à ta gauche ». C’est une courtoisie sonore, pas une agression.
- L’équipement : Le casque est obligatoire. On vous en filera souvent un en plastique léger qui ressemble à un bol à céréales. C’est mieux que rien, mais pour les longs trajets, exigez du solide.
- Le masque : Faites comme les locaux. La pollution et la poussière sont rudes. Un masque en tissu n’est pas un accessoire de mode, c’est votre survie pulmonaire.
- Assurance : Vérifiez bien votre contrat. Rouler sans permis local (ou permis international tamponné A1/A2) peut invalider votre assistance en cas de pépin.
Le mot du Routard
Se déplacer à moto au Vietnam, c’est accepter de perdre un peu de confort pour gagner énormément en liberté. C’est sentir les odeurs de Phở au coin des rues, la chaleur humide sur son visage et l’énergie brute d’un peuple toujours en mouvement. Alors, enfilez votre casque, agrippez-vous, et plongez dans le courant !
